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Les Bouillons Blancs Les Bouillons Blancs

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Brioude

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Brioude_-_Basilique_St-JulienLe nom de la ville ainsi que quelques faciès céramiques exhumés au sud du bourg confirmeraient l'origine laténienne de l'agglomération brivadoise. Toutefois, hors de l'archéologie, qui atteste une présence gallo-romaine certaine sur le site pour tout le Haut-Empire, les évocations historiques de la ville sont plus tardives.
Tout ce que l'on sait de Brioude pour les hautes époques est à rapporter à l'apparition du culte de saint Julien. Ce martyr fut décollé probablement sur place ou dans la proche localité de Vinzelles (Puy-de-Dôme, com. Bansat, cant. Sauxillanges) à l'occasion des persécutions de Dioclétien, dans les premières décennies du ive siècle3.
Le chroniqueur Grégoire de Tours, dans la Passion qu'il consacre à Julien et rédige vers 581-587, évoque la tradition selon laquelle le premier aménagement du tombeau du saint serait le fait d'aristocrates priscillianistes ibériques repentis ayant échappé aux condamnations du mouvement à Trèves par l'usurpateur Maxime4. Au regard du reste du récit des origines du culte, le plus souvent fort évasif, ces détails sont trop précis pour ne pas avoir été collectés localement ou lus sur des écrits du temps qui ne nous sont pas parvenus.
Ensuite, l'hypothèse d'une élection de sépulture par Avitus, empereur romain d'Occident d'origine auvergnate5, auprès du tombeau du martyr, retenue et démontrée récemment par le professeur Françoise Prévôt, aurait pu contribuer de façon décisive à la renommée du sanctuaire en Gaule. Indépendamment de la publicité que connurent alors ces évènements, il est à noter que cette inhumation ad sanctos, en relayant la mode italique, constituerait par ailleurs un précédent remarquable pour un homme d'État en Gaule.
Au seuil du Moyen Âge, l'arrivée des souverains germaniques, mis à part la mention ponctuelle d'une razzia burgonde vers 472-4746, semble avoir renforcé de façon décisive l'importance du culte du martyr. Ainsi, le duc Victorius, Aquitain au service du roi wisigoth Euric, maître de l'Auvergne depuis 475, démonte les monuments antiques voisins pour l'aménagement de la basilique7. Thierry, fils ainé de Clovis, lors de sa pacification de l'Auvergne, en conséquence d'un excès de zèle de ses éclaireurs, offrit un dipôme d'immunité au sanctuaire après 526, comme il l'avait fait peu auparavant au profit de Clermont, siège cathédral du pays8. Dès lors, la protection vigilante mais discrète des intérêts de l'église de Saint-Julien par le distant pouvoir austrasien fut probablement un moyen efficace de ménager des fidélités au sein de l'aristocratie romaine locale. En retour et malgré le relatif silence des sources issues deGrégoire de Tours, le sanctuaire du martyr est une plate-forme entre le pouvoir royal et militaire franc avec le vieux monde juridique et institutionnel latin. En tout cas, l'importance surprenante des niveaux mérovingiens mis en évidence lors des récentes fouilles programmées et effectuées aux abords de la basilique (sous la direction de B. Fizellier puis de F. Gauthier) confirme le dynamisme de ces lieux pour la période. Par ailleurs, le nombre, la variété et la répartition des émissions monétaires, triens et deniers d'argent frappés à Brioude, dont les trouvailles s'égrainent de l'actuelle Espagne aux îles Britanniques sont encore un témoignage concret du rayonnement du lieu.
Cet équilibre mérovingien, fut peut-être remis un temps en question par l'hostilitas Francorum dont se fait écho les Formulae Arvernenses dans le courant du viiie siècle, mais il se recompose vite au ixe siècle, l'âge carolingien. La basilique, de Louis le Pieux à Charles le Chauve, fait l'objet de préceptes d'immunités réitérés. C'est probablement à cette époque que la communauté des desservants fut réformée en une collégiale canoniale selon les prescriptions de la regula d'Aix-la-Chapelle désormais en vigueur dans l'empire. Le chapitre demeure le moyen décisif du rapprochement du pouvoir franc avec l'ensemble des représentants des aristocraties locales, à la fois école, cour, chancellerie, il participe de l'« aquitanisation » décisive des lignages des consanguinei carolingiens en charge au sud de la Loire. Au premier des rangs de ceux-ci, les Guilhelmides, et surtout son principal représentant Guillaume le Pieux, duc d'Aquitaine, véritable aboutissement du phénomène. Son abbatiat à la dite basilique de Brioude par « don royal » est alors le symbole de l'étendue de son autorité sur toutes les anciennes provinces romaines d'Aquitaine. De la Vita sancti Guillelmi à la la Charroi de Nîmes, le dépôt des armes à l'autel du saint Julien à Brioude marquera désormais l'entrée symbolique en Aquitaine, le passage obligé par lequel le guerrier franc, qu'il soit un personnage historique, un fondateur héroïsé ou encore le premier modèle de sainteté guerrière, véritable « Proto-chevalier », entamera sa quête.
Dans le sillage du moment ducal, la famille des Mercoeur se distingue en Haut-Allier et à Brioude plus particulièrement, grâce à saint Odilon, ancien chanoine de Brioude mais surtout abbé de Cluny (994-1049), constructeur de la plus vaste église d'Occident et l'un des promoteurs de la Paix de Dieu et de la Trêve de Dieu ainsi que de la fête des morts, célébrée au lendemain de la fête de la Toussaint. Les Mercoeur fourniront jusqu'au xive siècle l'essentiel des doyens du chapitre et réclameront encore à la fin du xiiie siècle des droits patrimoniaux sur les revenus attachés à cette dignité. Odilon est au xie siècle le premier d'une série de saints dont le cursus s'initie dans les rangs canoniaux de Saint-Julien. Citons Robert de Turlande, fondateur du puissant ordre bénédictin de la Chaise-Dieu, mais préalablement trésorier du chapitre. Enfin saint Pierre de Chavanon, plus modeste fondateur de l'abbaye de Pébrac, fit aussi ses classes dans la communauté. À l'issue du xie siècle, lors du passage du pape Urbain II à Brioude, en route pour Clermont et le démarrage de la première croisade, la seigneurie capitulaire semble alors être à son faîte.
Mais, à rebours des tendances générales, le xiie siècle paraît ici beaucoup plus troublé qu'ailleurs. De véritables trous dans la documentation ne laissent transparaître que d'incessantes sentences arbitrales des papes et roi de France au sujet de dissensions entre partis au sein du chapitre. Des rixes entre chanoines dans le cloître et la prise de la doyenné aux machines de siège rompent définitivement les vieux équilibres. Malgré les débuts du chantier de la basilique, l'aura du culte de Julien, et passant de la ville sous son patronage, pourrait en avoir été diminué. Il est aussi possible que la multiplication des ordres « concurrents » en pourtour du domaine capitulaire, en nourrissant des conflits d'intérêts, ait participé à cette amoindrissement lors de ce second âge féodal.
Sous Saint Louis plus particulièrement, l'autorité royale se réinstalle petit à petit en ville et donne systématiquement raison aux chanoines-comtes contre toutes tentatives d'organisations communales jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Il s'avère alors, par la suite, que malgré la vivacité de certains souvenirs le lieu se range au sein des « bonnes-villes » d'Auvergne, ces gros bourgs à foire qui sous l'autorité royale animeront et émailleront densément les Limagnes.
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